Aujourd’hui, pendant la deuxième période de conférences (10h30 à 12h) de la matinée, mon collègue Jules B. et moi-même assistèrent à une conférence percutante sur la violence indirecte, un véritable fléau chez les jeunes. Si vous voulez en apprendre plus sur l’agresseur, les raisons pour lesquelles il adopte un comportement violent, la victime, les conséquences de ce genre de violence, et quelques autres thèmes en lien avec cette problématique, je vous suggère de continuer votre lecture, qui traitera de plusieurs aspects du sujet.
La violence indirecte : faucheur social discret!
Une violence sournoise… cachée. Une agression qui n’est ni physique, ni verbale… indirecte. La plus redoutable des formes de violence : la violence indirecte, est partout. Nous sommes tous sujets à en subir au moins une fois dans notre vie. Présente chez les adultes comme les enfants, cette violence est surtout observée chez le genre… féminin. Contrairement à la violence physique, on ne frappe pas. Inversement à la violence verbale, on ne confronte pas avec des insultes. On ostracise, on humilie, on dégrade et on exclut.

(La cible de ces agressions perd souvent sa notion d’identité.)
Des comportements haineux et lâches
Parmi les multiples actions posées par les agresseurs de ce type, on retrouve : la dégradation et la ridiculisation, la colportation de ragots ou d’histoires malveillantes, l’exclusion, l’écriture de notes blessantes, la diffusion de secrets concernant une personne en particulier, etc. Tous ces actes visent à blesser la victime, parfois très gravements, dépendamment du degré de violence utilisé.
Des raisons… étonnantes!
Pourquoi donc attaquez la dignité, l’estime et la réputation des gens ainsi? Selon des études basées sur des interviews avec des jeunes utilisant ce type d’agression, on le fait pour : se venger ou résoudre un conflit, augmenter notre propre estime et l’opinion que les autres ont de nous, pour voler l’amitié de quelqu’un, car c’est un moyen efficace pour blesser, etc. Mais ce n’est pas tout. La raison principale d’une telle attitude à l’égard d’autres gens est… le plaisir. En effet, plusieurs agresseurs indirects agissent violemment pour se désennuyer. « Ça passe le temps », certains disent-ils. La problématique est donc très grave : quand on prend plaisir à la violence, ça nous entraîne à recommencer, à aller encore plus loin.
Les interventions de professeurs/surveillants : Stopper une violence méconnue et cachée
Il est plus facile d’intervenir quand on sait ce qui se passe, quand on connaît la nature des évènements et quand on sait quoi faire dans une situation particulière, mais comment faire pour débusquer et arrêter des actes qu’on ne voit presque pas, qu’on connaît mal et même parfois pire, qu’on ne considère pas comme violents? Telle est la misère des intervenants en milieu scolaire. En moyenne, ils interviennent dans 55% des cas pour une agression physique (coup de poing ou de pied, bousculade ou autre forme de grabuge), 36% pour une agression verbale (insultes, méchancetés dites à l’intention d’un personne, etc.), et dans les cas de violence indirecte, 21%. Le cinquième environ. Cela signifie que quatre-vingt pourcent de ces attaques passent inaperçue, ou ne sont pas stoppées, ce qui revient au même résultat.
Des résultats effrayants…
Souvent, si la personne qui débute l’agression a assez d’influence, il est probable que cela mène à l’exclusion du groupe d’amis, à la haine systématique de plusieurs autres élèves et à l’isolement de la victime. Ainsi, l’élève ciblé passera par toute une gamme d’émotion : la confusion (que se passe-t-il? Pourquoi me font-ils ça? Qu’ai-je fait de mal?), le sentiment de trahison (ils se sont montés contre moi! Qui est l’auteur de cette machination?), la tristesse (je suis tout seul maintenant, et je ne sais même pas pourquoi. M’ont-ils exclut parce que je m’habille mal? Parce que je suis différent?), le stress (vais-je réussir à me réintégrer? Pourrai-je me trouver une nouvelle bande d’amis ou resterai-je tout seul longtemps?), la détresse (que puis-je faire pour me racheter? Pourquoi je n’arrive pas à revenir dans mon groupe d’amis? Pourquoi personne ne m’aide?), et finalement, la dépression (je suis juste un perdant, un rejet. Ma vie ne vaut plus rien. À quoi bon me rendre à l’école si s’est pour être ridiculisé et dégradé?). Au stade final, on peut observer le repliement de la victime sur elle-même, son auto-isolement, et parfois-même, le développement de pensées suicidaires.
Se protéger contre la violence indirecte: Possible?
Personne n’est vraiment à l’abri de ce genre de violence. Même les gens vus comme “cools” peuvent se faire mettre dehors par leur bande du jour au lendemain sans raison valable. Toutefois, quand on a une réputation d’être cool, on est moins à risque que quelqu’un qui est perçu comme, par exemple, étrange, idiot, ou encore carrément méprisable. La violence indirecte a un effet terriblement pervers sur les groupes d’amis. Pour éviter d’être rejeté, un jeune va tenter d’exclure quelqu’un d’autre et de partir des rumeurs fausses à son sujet pour se remonter dans l’estime de la bande. Ainsi, il voit son statut social augmenté, mais cela au détriment d’un autre. Ainsi, le groupe d’amis cherche à s’entredégrader, afin de s’augmenter. De plus, les élèves subissant de l’ostracisme sont souvent délaissés par le groupe au complet, car ses membres craignent de subir le même sort s’ils s’approchent trop de l’exclut.
Connaître l’agresseur : une base importante de l’intervention!
Les études démontrent que, souvent, la personne à l’origine de cette violence a elle-même des difficultés sociales, peut souffrir d’anxiété ou de dépression, avoir des tendances vers la délinquance et l’agression et avoir des relations détériorées avec ses parents. Très souvent, elle choisit sa victime par rapport à ses propres impressions de la personne, ce qui fait que quelqu’un de normal et à peu près semblable aux autres peut être sa cible tout autant qu’un jeune bizarre qui ne ressemble pas du tout à la moyenne. Afin de repérer les élèves à risque de s’engager dans ce genre d’agression, il peut être utile de bien connaître les caractéristiques de base. Au mieux, bien connaître la majorité des élèves peut être très aidant.
Remonter à la source : la clé pour découvrir l’agresseur
Prenons un milieu où ce genre de violence est assez fréquent. Une école qui offre les 5ième et 6ième années du primaire, par exemple. L’agresseur est un élève. La victime est elle aussi un élève. Les témoins sont, encore une fois, des élèves. Comment trouver la victime afin de l’aider? Et l’agresseur (pour le réprimander!)? En remontant à la source! Quand les acteurs sont des élèves, on n’a qu’à demander aux écoliers de nous dévoiler les noms des personnes impliquées.
Conclusion :
Pour conclure, on peut dire que ce genre de violence est très particulier. Il ne nécessite pas le contact avec la victime, seulement l’interaction avec son cercle d’entourage, et parfois avec l’ensemble des gens fréquentant un établissement. Cela peut mener à l’ostracisme de la personne ciblée, qui se retrouvera toute seule. Pour éviter cet isolement et ses répercussions sur la victime, il faut intervenir rapidement et bien identifier tous les acteurs de la situation. Afin d’aider à la prévention de ces actes irrévérencieux, une intervention bien organisée à l’école, avec une trousse de sensibilisation, peut grandement aider.
La meilleure solution : Sensibiliser. Dans les écoles testées, avant intervention, on notait un bon 5,5% de victimes à TOUS LES JOURS. Après intervention, 0% à la même fréquence.
C’est véritablement un faucheur social discret… Il te coupe de ta vie sociale sans même que tu puisses l’empêcher.
Conférence V-2.3 (Agresser sans frapper: une trousse de sensibilisation à la violence indirecte), par Pierrette Verlaan et France Turmel. (ICI pour la description de ce programme (GRISE))
Textes: Michaël Lévesque-Dion
Membres de mon équipe: Jules Boudreau et Philippe Mathieu